Au milieu de l’hiver… un invincible été

« Au beau milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi, un invincible été » Albert Camus.

Cette phrase fétiche a, depuis si longtemps, toujours résonné particulièrement en moi; au point de vouloir me la tatouer …

J’ai récemment été sollicitée pour écrire une chronique sur les traumatismes chez les enfants et me sont revenues en tête des consultations, avec des enfants qui avaient vécu toutes sortes de blessures.

J’étais souvent abasourdie de la force de ces enfants et de la façon dont ils rayonnaient, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur, malgré l’évidente cassure et brisure à l’intérieur d’eux.

 

Qu’est ce qui fait que, malgré les défis, les douleurs, les obstacles, les traumatismes, certains continuent à percevoir et maintenir, au fond d’eux -mêmes, cet invincible été?

En sommes-nous tous capables ou est- ce le fait d’individus hors du commun… que rien n’atteindrait?

Corrigeons d’abord cette idée : ces personnes sont atteintes, comme chacun; dans leur corps, dans leurs émotions. Elles ne sont pas blindées, pas immunisées; ne portent pas d’armure qui les empêcherait d’être touchées… donc l’argument de l’être hors du commun et invincible ne tient pas.

Mais alors d’où vient cet invincible été, au milieu de la noirceur et de la douleur? Aucune magie, aucun pouvoir surnaturel non.

 

Et si c’était cela la résilience?

Cette capacité à faire face à l’adversité, aux traumatismes de la vie, afin de transformer cette douleur en une force; une vague qui surmonte tout, surpasse, rend non pas invincible mais solide et nous permet de rayonner; d’inonder le monde de cette force sûre…

« L’art de naviguer dans les torrents »

« Une stratégie de lutte qui permet d’arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de la mémoire » écrit Cyrulnik…

 

Laisse-t-on des plumes dans ces évènements bouleversants, parfois traumatiques?

Certes mais, est-ce justement une façon de se découvrir, de découvrir sa vraie force, son guerrier intérieur? Le phœnix ne renait-il pas continuellement de ses cendres, justement après avoir perdu son si beau plumage?

 

« Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu’elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d’une chose; une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même. Tel est le sens de cette tempête » (H.Murakami)

 

Alors on en revient toujours au même : se créer un personnage pour survivre quelques temps dans ces moments hostiles mais personnage qui, tôt ou tard sera démasqué et mourra; ou accepter notre vulnérabilité et laisser notre être résilient et guerrier avancer dans le monde, confiant de ce qu’Il est, de ce qu’Il veut, de ce qu’Il vaut?

 

Alors découvrir son invincible été, c’est d’abord

-reprendre le pouvoir

-reprendre les clefs de ce qui ne nous correspond plus, ce qui nous piège, nous déshumanise

- libérer notre guerrier pour amorcer une marche victorieuse et glorieuse mais jamais revancharde (car la rancune est une perte de temps, une perte de bonheur)

-reprendre toute responsabilité de notre être.

-rester dans la douceur « La douceur est invincible » ( Marc Aurèle)

- faire face et « se comporter comme un esprit libre en présence du destin est une force invincible » ( H.Keller)

-donner son pardon, sans pour autant oublier et remercier l’autre de nous avoir fait grandir « pardonner est une action plus noble et plus rare que celle de se venger » (Shakespeare)

- faire un pas et un autre pas, et recommencer, car « c’est ce qui sauve » (St Exupery)

 

Alors oui, peut-être, nous pouvons découvrir, en chacun de nous, notre invincible été…


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